23 mars 2016

Publié dans Publication

Même si jusqu'il y a quelques années l'idée de vocation, de sens et d'alignement semblait radicale, de plus en plus d'individus adhèrent aujourd’hui à une autre vision de la vie professionnelle. Il est même question de multi vocations !


Travailler au sein de différentes organisations

Il est désormais évident qu’une carrière se construit auprès de différentes organisations : finies les décennies d’ancienneté pour les travailleurs qui ont rejoint le marché de l’emploi ces dernières années. La multiplication des contrats intérimaires ou à durée déterminée pousse de fait à poursuivre son parcours au sein de différentes entreprises. Et puis la réalité économique forcera certains à se réorienter suite à un (ou des) licenciement(s). Cette donnée est elle aussi entrée dans les mœurs : qui ne connaît personne qui ait perdu son emploi ? Un phénomène qui touche toutes les strates du marché du travail, depuis les emplois dits ‘peu qualifiés’ jusqu’aux membres de comités de direction.

Enfin, pour beaucoup de jeunes travailleurs multiplier les environnements de travail différents est un choix. Ce qui était vu dans le passé comme une forme d’inconséquence, est à présent délibérément visé par les collaborateurs de la génération Y : multiplier les expériences, de préférence au sein d’équipes différentes, pour apprendre plus et plus vite. D’autant plus qu’il est prouvé qu’on augmente plus vite son salaire en changeant d’employeur qu’en évoluant au sein de sa compagnie.

Changer de cap

Au-delà des changements d’organisations, les exemples sont nombreux d’individus qui choisissent à un certain stade de leur vie professionnelle de changer d’orientation, parfois pour un chemin complètement différent. C’est l’histoire de cet employé de banque devenu instituteur, de ce chef d’entreprise devenue thérapeute psychocorporel,  de cette contrôleuse de la qualité devenue couturière, de ce développeur informatique devenu consultant en ressources humaines,… Nous en avons tous croisées, des personnes qui ont choisi de faire un tournant à 180° dans leur carrière, quittant ce qu’elles avaient construit pour développer une nouvelle identité professionnelle, plus en accord avec leurs aspirations profondes.

Beaucoup semblent convaincus qu'il y a une corrélation parfaitement possible entre les besoins de la société et les talents que chacun d'entre nous a à offrir.

Est-ce possible d'atteindre cet idéal?  Et si nous nous laissions inspirer par les entrepreneurs du secteur de la technologie? Et si notre carrière se transformait en une série de « startups » créées au fil du réajustement continu de nos idées, de nos inspirations et de nos objectifs?

Et si nous créions notre job de toute pièce au lieu d'attendre qu'on nous en offre une description de fonction inadaptée ou qu'il faille vivre dans la peur de perdre ce qu'on veut bien nous donner?

Trouver sa voie

Cette prise en main totale de notre avenir professionnel nécessite une chose : découvrir ce qui nous rend heureux, ce qui booste notre énergie pour apprendre, et comment ce qui nous passionne répondrait à un besoin sur le marché.

Trouver sa voie… certains en ont peur : et si je ne la trouvais pas ? Et si je n’avais aucun talent particulier ? Ou en tout cas rien qui débouche sur du travail ?

Il y a bien sûr les personnes qui ont une vocation. Elles ressentent au plus profond d’elles-mêmes un appel qui les mène à exercer un certain métier. Mais pour la plupart des individus, la voie n’est pas si claire et trouver sa mission de vie (professionnelle) demande mure réflexion, parfois même guidance spécialisée. C'est là qu'interviennent les notions de connaissance de soi, de développement personnel, d'estime de soi et de courage. Le courage de creuser à l'intérieur de soi pour y découvrir des ressources uniques et repérer son 'modèle économique intérieur' dans un monde de plus en plus enclin à faire de la place pour l’innovation, la mobilité et la singularité.

Investir dans son jardin intérieur et y arroser toutes les graines qui ne demandent qu'à germer, éclore, pousser et fructifier. Vivre son voyage du héros –professionnel.

Un chemin à plusieurs voies ?

Si certains ont peur de ne pas trouver leur voie, d’autres se trouvent face à un autre dilemme : tant de possibilités! Ils ne savent que choisir et se culpabilisent de cette diversité d’intérêts, de cette curiosité permanente qui les emmène d’une idée à une autre alors que le monde leur demande de se fixer, de choisir. Voguer d’un intérêt à l’autre et développer de multiples talents, apparemment sans liens, cette faculté a récemment reçu un nom : la multipotentialité. Et cette faculté est à présent reconnue comme une réelle valeur ajoutée pour un acteur dans l’économie du 21e siècle.

Elle se manifeste par la combinaison de 3 grandes capacités :

  • la synthèse d’idées venant de différents centres d’intérêt pour créer quelque chose de nouveau, qui sera comme une intersection entre les thématiques de prédilection du multipotentiel. Et c’est de ce genre d’interconnexion que naît l’innovation.
  • un apprentissage particulièrement rapide : si un thème capte son intérêt, le multipotentiel va s’y investir à fond, il ne craint pas de commencer quelque chose de zéro… parce qu’il l’a déjà fait de multiples fois! Et comme apprendre est une compétence, et qu’il l’utilise si régulièrement, il y est passé maître. Sans oublier que beaucoup de compétences acquises sont transférables vers d’autres domaines et favorisent ainsi le captage de nouvelles données.
  • une adaptabilité au-dessus de la moyenne, liée à l’habitude de se mettre spontanément dans de nouvelles situations. Or, les analystes du marché de l’emploi sont unanimes sur le plan international : c’est l’adaptabilité qui est la compétence-clé de ce début de siècle.

Ces caractéristiques sont une force, mais disparaissent aussitôt qu’on met la pression à un multipotentiel pour qu’il réduise son champ d’intérêt. Or n’est-ce pas ce que beaucoup d’entre nous ont entendu depuis leur plus jeune âge, par exemple au moment d’entamer des études ? Il fallait choisir une voie, savoir ce qu’on veut faire « quand on sera grand », se fixer un objectif précis et l’atteindre, …

Ceux qui ont résisté à cette ancienne tendance sociétale en ouvrent une nouvelle : les carrières multiples. On les appelle parfois « slashers » : ils cumulent les rôles et leur carte de visite comprend ainsi des « / » (slash). Ils sont chirurgien/professeur/saxophoniste, graphiste/créatrice de bijoux/home stager, ou encore fonctionnaire de police/nail artist/professeur de yoga. Les exemples se multiplient ces dernières années.

Quant au travail en entreprise, selon Emilie Wapnick, jeune entrepreneuse/artiste/conférencière américaine – spécialiste de la multipotentialité, les meilleures équipes viendraient de la conjonction des talents de spécialistes dans un domaine avec la transversalité et la créativité des multipotentiels.

Une incitation envers chacun à accepter son caractère, que l’on soit de type spécialiste ou « multipotentialiste ».

Etes-vous un « multipotentialiste » ?

Quelques caractéristiques :

  • à la question « qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? », vos réponses ont changé 4 ou 5 fois durant votre scolarité.
  • si on vous demande quel sont vos hobbies… vous paniquez ! Vous en avez tellement qu’il vous semble impossible de répondre à cette question.
  • vous aimez apprendre de nouvelles choses, encore et encore. Vous adorez ça… et n’êtes donc pas inquiet d’en oublier d’anciennes.
  • il suffit d’un article, d’une vidéo, d’une conversation pour piquer votre curiosité. Et vous voilà parti pour des heures de recherches sur le sujet.
  • une fois les principes de base (rapidement) acquis, cette chose qui vous passionnait tellement devient finalement ennuyeuse.
  • les idées vous viennent facilement et en continu. Au point, que vous n’avez pas vraiment le temps de les mettre à exécution.
  • changer de point de vue ne vous pose pas de problème. Que ce soit dans la vie privée ou professionnelle, vous êtes prêt à pivoter à 180° d’un instant à l’autre.
Daniëlle De Wilde et Fabienne Doyen,
Coachs au BAO Group

 

 

 

Source : Actuascan, mars 2016, n°2