18 décembre 2017

Publié dans Publication

La gale humaine est une pathologie relativement bénigne. C’est une infection cutanée qui provoque des démangeaisons.


1. Ce qu'il faut savoir ...

L’agent responsable de la gale est un parasite de la peau qui appartient à l’ordre des acariens (le sarcopte).

 

La gale survient en cas isolés ou par épidémies périodiques, notamment dans les collectivités (hôpitaux, maisons de repos, établissements psychiatriques, prisons, etc.).

De nos jours, elle est extrêmement fréquente , sa méconnaissance favorise de nombreuses contaminations qui pourraient être évitées par un diagnostic précoce.
Elle touche tous les milieux sociaux , tous les continents et ne dépend pas des conditions d’hygiène . Il y a environ 300 millions cas de gale dans le monde chaque année.
En Belgique, l’incidence est mal connue car ce n’est pas une maladie à déclaration obligatoire. Dans les pays tempérés, la maladie est plus fréquente en automne et en hiver.

Le parasite :                                                                  

Il est impossible de voir le parasite à l’œil nu.
La femelle fécondée, en creusant un sillon, s’enfouit dans la peau pour se nourrir et y pondre ses œufs ; ses déjections sont responsables du prurit par un mécanisme d’hypersensibilité.
Chez son hôte, le sarcopte survit de 1 à 3 mois.

Comment se manifeste la gale ? Transmission :

Elle se fait essentiellement par contact humain direct, de peau à peau : par contact cutané direct prolongé (supérieur à 15 min )  ou suite à un contact cutané fugace selon la forme clinique de la gale (gale commune, gale norvégienne). Une personne infestée est contagieuse dès la phase d’incubation .
Elle est également possible par contact indirect via le linge, la literie, les surfaces inertes (5% des cas).

Incubation : longue et silencieuse

  • 2 à 6 semaines (en moyenne 3 semaines)
  • 1 à 3 jours en cas de ré-infestation.

Diagnostiquer la gale

Le diagnostic essentiellement clinique est difficile ; il repose sur la notion de démangeaisons à recrudescence vespérale et nocturne , la localisation des lésions et la notion de contact (notion de prurit dans l’entourage).


2. Traitement

La gale est une maladie bénigne, curable mais il n’y a pas de guérison spontanée.

a) Traitement du linge et autres objets :

Le traitement individuel doit obligatoirement s’accompagner d’un traitement du linge contaminé. En communauté, il faut traiter tout le monde.
Il faut lessiver le linge de corps, les serviettes de bain, la literie à plus de 60° et répéter l’opération le lendemain du traitement. Seul le linge récemment utilisé (dans les 8 derniers jours) doit être traité ; il n’est pas question de laver tout le contenu de ses armoires !

Linge et objets non lavables à plus de 55° (couvertures et oreillers) seront pulvérisés avec un acaricide (par exemple BAYGON®) et enfermés dans un sac en plastique pendant 3 heures minimum ; ce qui peut être lavé le sera après ce confinement. Il est possible de ne pas utiliser d’acaricide en laissant le linge enfermé dans un sac en plastique pendant 4 jours.

Pulvérisation par BAYGON® du matelas, des fauteuils, des sièges de voiture.
NB. : (bien s’informer des précautions d’utilisation du BAYGON®).

b) Traitement cutané :

Sous prescription médicale . C’est le traitement de première ligne de la gale.
Le traitement local est actif sur les sarcoptes adultes , les larves et les œufs ; le délai d’action est immédiat ; il n’y a pas de contre-indication.
Les enfants, les femmes enceintes ou allaitantes seront préférentiellement traités à la perméthrine.
La perméthrine est un traitement par voie locale, dont la forme commerciale en Belgique est le Zalvor®. Elle peut également se prescrire sous forme magistrale moins chère (R/ perméthrine crème hydrophile 5% FTM, dt 30 g)
Modalités d'application: se couper les ongles à ras, prendre une douche, se sécher puis laisser refroidir la peau, s'enduire le corps entier par massage doux, hormis le visage et le cuir chevelu, d'un tube de Zalvor® et laisser agir 8 à 12 heures (6 à 8 heures chez les plus jeunes patients). Après avoir laissé agir le Zalvor® , prendre une douche et mettre des vêtements propres.
Chez la plupart des patients (90%), une seule application suffit pour traiter la gale.
Il convient de ne pas abuser des traitements locaux, car ils peuvent être irritants.

Malgré un traitement efficace, les symptômes et les lésions de la gale peuvent subsister pendant plusieurs semaines; le patient doit en être averti afin d'éviter un emploi inutile des médicaments.
Le prurit peut persister pendant plusieurs semaines. Il peut être soulagé avec des antihistaminiques et des corticostéroïdes topiques à faible dose.


3. Mesures préventives à adopter

Le respect des précautions  « standard » en particulier le lavage des mains permet de rompre la chaîne de transmission de la parasitose.


a) Cas isolé à domicile :

  • Le patient doit être traité ainsi que les personnes de l’entourage proche, même en l’absence de signes cliniques.
  • Les vêtements et la literie doivent être lavés à 60° en machine. Les vêtements et objets qui ne peuvent pas être lavés à cette température doivent  être traités par un antiparasitaire (par exemple, le Baygon vert®) et placés dans un sac plastique hermétiquement fermé pendant 48h avant lavage habituel.
  • Les surfaces sont lavées avec un détergent.


b) Cas isolé en collectivité :

Dès le diagnostic d’un cas de gale, des mesures doivent être prises et notamment l’examen systématique de tous les patients et du personnel pendant 4 semaines.

  • Concernant le patient : il doit être traité et isolé pendant 48 h après le début du traitement. En cas de gale norvégienne ou profuse : isolement jusqu'à la guérison.
  • Concernant le personnel : gants et blouses de protection à manches longues à usage unique pour tout contact direct avec le malade. Après chaque soin, il faut ôter gants et blouse, se laver les mains et les avant-bras au savon ; le lavage sera suivi d’une friction avec une solution hydro-alcoolique.
  • Traitement : Le personnel ayant présenté des contacts à haut risque (contacts cutanés directs - non protégés) doit être traité en même temps que le patient, même en l'absence de signes cliniques ;
  • Désinfection : Lavage des draps, des couvertures et des vêtements avec lesquels le patient a été en contact durant une période allant de 8 jours avant son traitement médicamenteux jusqu’à la levée de l’isolement (48H après le début du traitement) en cas de gale commune et jusqu’à la guérison attestée par un médecin en cas de gale profuse ou hyperkératosique.
    Le linge et les draps seront lavés à une température de 60°c suivi d’un séchage à chaud et d’un repassage.
    Les vêtements et le matériel  ( ne pas oublier le tensiomètre, attelle , objets personnels  …) ne pouvant pas être lavés à cette température seront traités par un antiparasitaire ( ex : baygon vert) et placés dans un sac plastique (double en cas de gale profuse ou hyperkératosique) hermétiquement fermé pendant 48H  ou 5 à 7 jours sans Baygon. Il sera ensuite aéré , nettoyé et essuyé.
  • Concernant l’environnement : nettoyage à fond de la chambre avec le détergent habituel de l’établissement ; jeter ensuit le matériel que a servi au nettoyage de la chambre.
    Ne pas oublier le nettoyage des vestiaires et penderies.


c) En milieu de travail, l’employeur dresse la liste du personnel ayant été en contact avec la personne porteuse sans oublier les agents d’entretien et les stagiaires



d) Information du personnel concerné

Inciter le personnel à consulter son médecin traitant ou un dermatologue dès l’apparition de symptômes évocateurs.

Toute personne présentant un de ces symptômes doit absolument être traitée le plus vite possible. Elle peut reprendre le travail après le début du traitement en cas de gale commune, (source : Agence du ministère Flamand de soins et Santé , CLB draaiboek 2017)

L’affection peut faire l’objet d’une demande en réparation pour maladie professionnelle (système « ouvert ») ; il convient pour cela de prendre rendez-vous auprès du médecin du travail.

Dr Nathalie Roupin,
Conseiller en prévention - Médecin du travail
Dr Cécile Surleraux,
Conseiller en prévention - Médecin du travail
 

Publié dans Actuascan, décembre 2017, n°12.