30 août 2018

Publié dans Service

Dans les milieux de travail où l’on utilise des aiguilles tranchantes, comme les hôpitaux ou le secteur des soins infirmiers à domicile, le risque d’accidents par piqûre est bien présent. La législation relative aux agents biologiques comprend un chapitre relatif aux obligations de l’employeur en matière d’accidents par piqûre et autres situations impliquant l’exposition potentielle au sang ou à une autre source potentielle d’infection (comme certains fluides corporels). Le terme « accident par piqûre » est d’ailleurs utilisé dans un sens plus large que celui du simple fait de se piquer avec une aiguille.
 

L’employeur dont le personnel, les entrepreneurs ou les sous-traitants courent un risque d’accident par piqûre ou d’exposition au sang et autres fluides est tenu de :

  • réaliser une analyse des risques,
  • prendre des mesures de prévention et de sécurité spécifiques,
  • informer et former son personnel de manière adéquate,
  • mettre en place une procédure de notification et de suivi.

Dans le cadre de l’analyse des risques, l’employeur doit examiner l’ensemble des situations où les travailleurs sont susceptibles d’être blessés et/ou infectés par un objet tranchant à usage médical pendant l’exécution de leur travail, suite à une exposition au sang ou à un autre vecteur d’infection potentiel. Pour l’analyse, l’employeur tient notamment compte :

  • de la technologie et du matériel utilisé
  • de l’organisation du travail
  • des conditions de travail
  • du niveau de qualification
  • des facteurs psychosociaux liés au travail
  • de l’influence des facteurs liés à l’environnement de travail.

Certaines mesures de prévention spécifiques sont prévues :

Supprimer l’usage inutile d’objets tranchants à usage médical par l’adoption de changements dans les pratiques :

  • Interdire la pratique du recapuchonnage
  • Définir et mettre en œuvre des procédures sûres d’utilisation et d’élimination des objets tranchants à usage médical et des déchets contaminés. Ces procédures seront réévaluées régulièrement.
  • Installer des conteneurs clairement étiquetés et techniquement sûrs, le plus près possible des zones où ces objets sont utilisés
  • Attirer l’attention sur les différents risques
  • Sensibiliser grâce à l’élaboration d’activités et de matériel promotionnel en collaboration avec le comité
  • Fournir des informations sur les programmes de secours disponibles
  • Promouvoir les bonnes pratiques en matière de prévention, de notification et d’enregistrement des incidents et accidents
  • Disposer de directives et de procédures
  • L’obligation de donner des informations et des indications d’utilisation

On trouve actuellement sur le marché des systèmes offrant une certaine protection contre ce risque : à la fin de la prise de sang, une protection se glisse sur l’aiguille, permettant ainsi de réduire le risque de piqûre d’aiguille. (voire photo ci-dessus)

Ce type de solution n’est toutefois pas forcément salvateur : un nombre important de risques dépend en effet du système que l’utilisateur de l’aiguille est le plus habitué à mettre en pratique. Par exemple, une personne devant tout à coup utiliser un système différent de celui auquel elle est habituée peut en effet présenter un risque accru d’accident.

L’employeur dispense aux travailleurs une formation adéquate sur les directives et les procédures relatives aux blessures et/ou infections par un objet tranchant à usage médical, portant notamment sur :

  • L’utilisation correcte de chaque objet tranchant à usage médical et l’élimination correcte de celui-ci
  • Les risques liés à l’exposition au sang et aux fluides corporels
  • Les mesures de prévention à prendre, dont les mesures de protection personnelles et les vaccinations à administrer
  • Les procédures de notification, d’intervention et de suivi et leur importance
  • Les mesures à prendre en cas de blessures.

Procédure de notification

En cas d’accident ou d’incident impliquant un instrument tranchant à usage médical ou l’exposition accidentelle au sang et autre source potentielle d’infection, le travailleur doit immédiatement le signaler à l’employeur et au service interne. L’employeur doit ensuite prendre les mesures suivantes :

  • Veiller immédiatement à ce que le travailleur blessé reçoive des soins et prévoir les examens médicaux nécessaires ainsi qu’une surveillance médicale de la santé adaptée
  • Enquêter sur les causes et les circonstances ; et veiller à l’enregistrement de l’accident
  • En cas de blessure, et après avis du conseiller en prévention-médecin du travail, envisager des mesures de suivi, parmi lesquelles un accompagnement psychologique et un traitement médical.

Entrepreneurs et sous-traitants

Si l’employeur travaille avec des entrepreneurs ou des sous-traitants dont les travailleurs sont également exposés aux risques des accidents par piqûre, un certain nombre d’obligations spécifiques sont d’application :

  • Il faut fournir à ces entrepreneurs des informations concernant les risques liés aux accidents par piqûre et les mesures de prévention à prendre
  • L’employeur doit s’assurer que ces travailleurs reçoivent les formations et instructions nécessaires
  • Il doit informer ces travailleurs des risques et des mesures de prévention à prendre
  • Il doit veiller à ce que les entrepreneurs respectent les mesures en matière de prévention.

Risque

Le virus le plus contagieux en cas d’accident par piqûre est l’hépatite B. L’hépatite C est dix fois moins contagieuse que l’hépatite B et le VIH est cent fois moins contagieux. Une personne vaccinée contre l’hépatite B est protégée contre ce virus mais il n’existe malheureusement pas encore de vaccin contre l’hépatite C ni contre le VIH.

On le sait moins, mais un accident par piqûre peut également entraîner un grave choc psychologique.

Les personnes ayant été exposées à une possible contamination doivent également veiller à avoir des contacts sexuels protégés durant la période où la (non-)contamination n’a pas encore été établie de manière certaine !

 

Soins

Suivre les étapes suivantes, dans l’ordre donné :

  • rincer abondamment la peau, la blessure, la muqueuse
  • désinfecter la blessure
  • soigner la blessure
  • faire réaliser une prise de sang par un médecin. À cet effet, le patient devra signer un formulaire spécifique de « consentement éclairé ».
  • Dans les 24 heures, une prise de sang devra être effectuée auprès de la personne source pour vérifier si cette dernière est contaminée. En cas d’absence de contamination (hépatite B, C ou VIH), il est impossible que la personne ayant été exposée soit contaminée. Toutefois, le médecin pourra juger nécessaire de réaliser un suivi ultérieur. La prise de sang devra également être envoyée au médecin du travail du service externe de prévention qui devra aussi recevoir copie de la déclaration d’accident complétée par le médecin traitant.

Dans le mois qui suit, l’employeur prendra rendez-vous avec le médecin du travail du service externe qui expliquera au travailleur les démarches à entreprendre et le suivi à effectuer.

En cas de contamination, le médecin du travail déclarera l’incident auprès de Fedris (Agence fédérale des risques professionnels).

Pour plus d'informations

Concernant le contenu d'une politique de prévention des accidents par piqûre, consultez votre conseiller en prévention - médecin du travail.

 

Sources

 

Publié dans Actuascan, Août 2018, n°8.