31 août 2016

Publié dans Publication

A tout âge, l’école est un lieu où les communications orales ont une place prépondérante. Les échanges entre élèves et avec l’enseignant, l’écoute, la bonne compréhension des messages font partie intégrante de la démarche pédagogique. Cependant, l’aspect « acoustique » est rarement pris en compte dans la conception des locaux scolaires. En classe, il en résulte, bien souvent un niveau de bruit élevé pouvant conduire à la notion d’inconfort acoustique. Dans ce type d’environnement de travail, la dose de bruit reçue est souvent inférieure à un niveau potentiellement dangereux pour l’appareil auditif. Néanmoins, cela peut conduire à des effets extra-auditifs : élévation du niveau de stress, fatigue mentale, problèmes de voix pour les professeurs mais aussi une baisse du niveau de concentration tant pour les élèves que pour les professeurs. Cela nuit donc à la qualité de l’apprentissage.


Quels sont les paramètres influençant l’intelligibilité de la parole dans une salle de classe ?

Deux paramètres ont un impact sur la qualité de l’intelligibilité de la parole dans un local : le niveau sonore et le temps de réverbération.

Lors d’un dialogue (normal) entre deux personnes, le niveau sonore varie entre 60 et 65 dB(A). Pour que le discours d’un orateur soit intelligible, il est nécessaire que le niveau sonore de son discours, surpasse le bruit ambiant d’au moins 10 dB(A). Par conséquent, il est nécessaire que le niveau sonore dans le local ne dépasse pas 50 dB(A) dans la salle de classe afin que l’enseignant ne doivent pas « hausser » la voix pour être entendu par les élèves. Le niveau sonore dans un local dépend de l’activité qui s’y déroule, des différents équipements présents mais aussi des bruits extérieurs au local mais qui y pénètrent par manque d’isolation des parois (murs, plafond, portes, fenêtres).

On constate un écho ou une réverbération lorsque le son persiste dans une pièce alors que la source sonore s’est interrompue. Les ondes sonores émises et les ondes sonores réverbérées par les parois se superposent et cela nuit à l’intelligibilité du discours. Le « temps de réverbération T60 » (en secondes) est le temps nécessaire pour que le niveau sonore du champ réverbéré décroisse de 60 dB dans le local lorsqu’un bruit est brusquement interrompu. Celui-ci est fonction du volume du local et du coefficient d’absorption des types de matériaux recouvrant les différentes parois, sol et plafond du local. Plus les matériaux sont absorbants, plus le niveau sonore du champ réverbéré va diminuer. Dans les salles de cours, le T60 doit idéalement être compris entre 0,5 et 0,7 sec. À toutes les fréquences.

Quelles sont les recommandations visant à réduire le bruit dans les salles de classe ?

Réduire le bruit à la source

Il est bien évident qu’il est impossible d’imposer un silence permanent dans une salle de classe. Cela n’est d’ailleurs pas le but dans un lieu de pédagogie. Cependant, sensibiliser les élèves mais aussi les enseignants à l’environnement sonore dans lequel ils évoluent est déjà une première étape pouvant s’avérer efficace. A ce titre, différentes organisations effectuent des séances de sensibilisations dans les écoles (asbl empreintes, IBGE, etc.). La prise de conscience de la problématique du bruit permet de réduire certains comportements susceptibles d’en créer : bavardages, cris, claquements de porte, déplacements du mobilier, etc. Certains aménagements simples et peu coûteux sont également envisageables : identification d’une zone de calme/silence dans le local, placement de balles de tennis percées au bout des pieds des chaises, coller des antichocs en feutrine sur les rebords des bancs à clapet, etc.


Réduire l’introduction du bruit dans le local

Les bruits provenant de l’extérieur du local de classe contribuent à l’augmentation du niveau sonore à l’intérieur de celui-ci. Plusieurs axes de réflexions existent dans ce cadre : 

  • Organisation spatiale des lieux 

Dans la mesure du possible, il faut éviter de localiser les salles de classes directement à proximité de zones ou de lieux bruyants : réfectoire, escaliers, distributeurs de boissons, locaux techniques bruyants.

  • Actions sur les équipements techniques

Différents équipements techniques sont indispensables au fonctionnement des établissements scolaires mais sont également des sources de bruit non négligeables : chaudière, pompe, distributeurs de boissons et nourriture, système de ventilation, sanitaires, etc. Idéalement, il est bien évidemment conseillé de choisir les équipements produisant le moins de bruit possible. Lors de la conception d’un bâtiment scolaire, il s’agira de veiller à éloigner les locaux comprenant les équipements bruyants. Certaines mesures techniques sont également envisageables afin de réduire à la source le bruit émis par ces équipements : capotage avec des matériaux absorbants, placements sur des supports composés de matériaux résilients (ceux-ci limitent les vibrations). Les circuits de ventilation peuvent également être équipés de silencieux.

  • Isolation acoustique des locaux

L’isolation acoustique des locaux est constituée par l'ensemble des moyens mis en œuvre pour réduire la transmission d'énergie acoustique émise par des sources externes (trafic routier, trafic ferroviaire, cour de récréation, locaux adjacents, etc.) vers les endroits à protéger. Les moyens mis en œuvre sont variés et leur efficacité dépend du type de bruits dont on veut se prémunir : bruits aériens, bruits d'impacts ou encore vibrations. Cette isolation acoustique est dépendante de l’affaiblissement acoustique des matériaux séparant les zones concernées. Les matériaux isolants sont des matériaux lourds et denses (béton lourd, plâtre, briques).

  • Réduire la réverbération au sein d’un local

Les caractéristiques acoustiques d’un local ont une importance conséquente sur l’intelligibilité de la parole et donc sur la bonne compréhension des messages émis par le professeur. Un phénomène d’écho est présent lorsque la réverbération au sein du local est trop importante. Celle-ci est dépendante du coefficient d’absorption des matériaux présents au niveau des parois, du plafond et du sol. Il existe différents types de matériaux absorbants : matériaux poreux ou fibreux (laine de verre, laine de roche, bois expansé, etc.), matériaux membranes et résonateurs (panneaux légers en bois, verre, métal placés à une certaine distance de la paroi). Dans la pratique, on utilise fréquemment une combinaison de matériaux membranes recouverts d’un matériau poreux, par exemple les panneaux acoustiques autoportant de plafond.

Emmanuel FABIOCCHI,
Conseiller en prévention-ergonome

Sources :

  • Valeurs guides de l’O.M.S. relatives au bruit dans les collectivités en milieux spécifiques (1999)
  • Vade-mecum du bruit dans les écoles. Bruxelles Environnement. Janvier 2014
  • Série stratégie Sobane – gestion des risques professionnels - Bruit. SPF Emploi Travail et Concertation Sociale. 2005 
  • Norme NBN S 01-400-2 (2012)
  • IBGE – exposition au bruit dans les écoles. Février 2012

Publié dans Actuascan, septembre 2016, n°7