31 mai 2018

Publié dans Publication

D’avril à septembre environ, les hyménoptères aculéates, sous-ordre d’insectes comprenant entre autres les guêpes (y compris les frelons), les abeilles ainsi que les bourdons, sont en activité. Que ce soit dans la vie privée ou au travail, tout un chacun est, à des degrés divers, exposé à un risque de piqûre. En général, ces insectes sont cependant peu agressifs de nature et ne piquent que s’ils se sentent menacés.

 

Quelques situations professionnelles comportent toutefois un risque plus spécifique et plus élevé, parmi lesquelles :

  • Les travaux d’entretien des espaces extérieurs : forêts, jardins, parcs, cultures, espaces de sports et loisirs, particulièrement si ces travaux impliquent le ramassage de déchets divers, la vidange de poubelles etc..

     
  • Diverses missions en milieu rural et forestier : contrôles agricoles, topographie, aménagements, surveillance de chantiers,… 
  • Les travaux d’entretien, de réparation ou de démontage de toitures et sous-toitures, de hangars, d’abris,…
  • L’enlèvement des nids de guêpes.

Les piqûres d’hyménoptères lors d’activités professionnelles constituent un événement soudain survenant dans le cadre de l’exécution du contrat de travail ; elles sont donc considérées comme accident de travail et doivent être déclarées comme telles.

Risques pour la santé

Si elles sont le plus souvent bénignes, les piqûres de guêpes et d’abeilles occasionnent environ 1 à 5 décès par an en Belgique dans la population générale. 
Dans les risques pour la santé, on distinguera :

  • Les réactions locales et loco-régionales par piqûre unique ou nombre faible de piqûres 
  • Les réactions générales par piqûres en grand nombre 
  • Les réactions allergiques 

Réactions locales et loco-régionales par piqûre unique ou nombre faible de piqûres

La piqûre d’hyménoptère consiste en une effraction de la peau au moyen du dard, avec injection de venin.
Dans le cas de piqûre d’abeille, le dard, pourvu de crochets, demeure dans la peau, ce qui condamne par ailleurs l’insecte piqueur. Ce n’est pas le cas pour les guêpes qui peuvent ainsi piquer plusieurs fois, mais avec une diminution progressive de la quantité de venin injecté.
L’inoculation de venin entraîne une envenimation locale provoquant une douleur vive, de la rougeur, un gonflement et parfois une urticaire (plaque en relief sur la peau, avec démangeaisons) localisés, mais la douleur prime souvent sur les démangeaisons.

Le point de piqûre est susceptible de s’infecter dans un second temps et devra donc être traité comme une plaie.
Parfois, la réaction peut s’avérer plus importante, un gonflement important apparaissant en quelques minutes à l’endroit de la piqûre avec une extension à distance, loco-régionale (par exemple, en cas de piqûre au niveau de la main, il y a un gonflement de la main, de l’avant-bras et parfois du bras).
Généralement bénignes quand elles se localisent à la peau, les piqûres d’hyménoptères ont un pronostic beaucoup plus réservé quand elles touchent la bouche et les voies respiratoires supérieures. Le gonflement des muqueuses peut alors perturber la ventilation et provoquer une asphyxie par obstruction.

Réactions générales lors d’un grand nombre de piqûres 

L’envenimation multiple entraîne la résorption de diverses substances toxiques pouvant provoquer une destruction de globules rouges et la survenue de troubles rénaux, voire un choc cardio-vasculaire. Ces phénomènes sont le plus souvent guérissables, la dose mortelle chez l’homme non allergique étant, pour les guêpes, de 40 piqûres par kilo de poids. 

Réactions allergiques 

Le mécanisme de la réaction allergique comprend deux phases. 

  • Tout d’abord, chez certaines personnes, une phase de sensibilisation s’installe lors d’une première inoculation de venin. Le système immunitaire est dès lors activé et devient capable de sécréter certains anticorps spécifiques du venin (IgE). 
  • Lors d’une inoculation ultérieure, la liaison des composants allergisants du venin et des anticorps spécifiques va induire la production de substances chimiques qui seront responsables de la réaction allergique, c’est la phase de réaction. Chez un individu sensibilisé, une seule piqûre est susceptible de déclencher cette réaction.

La réaction allergique se marque localement par une zone de piqûre où les démangeaisons prennent le pas sur la douleur.
Le gonflement et la rougeur sont plus étendus, une urticaire survient à proximité de la piqûre mais peut aussi apparaître à distance, voire se généraliser.
Des signes généraux peuvent se manifester comme :

  • Une chute de pression artérielle et une accélération de la fréquence cardiaque 
  • Un spasme bronchique 
  • Un gonflement des muqueuses de la bouche et des voies aériennes supérieures
  • Une perte de connaissance,… 
  • Des douleurs abdominales, des nausées et vomissements, de la diarrhée s’associent éventuellement à ce tableau souvent dramatique.

La situation est susceptible de s’aggraver et de conduire au coma voire au décès.
Parfois, la réaction allergique se déclenche très rapidement (en quelques minutes) et se généralise directement, entraînant un choc anaphylactique qui nécessite une prise en charge médicale adéquate. 

Prévention

Remarques générales

Dans la mesure du possible, éviter les activités extérieures à risque (tonte des haies, débroussaillage, ramassage de déchets…) en pleine chaleur, car la transpiration attire guêpes et abeilles.
Fermer impérativement les récipients contenant les boissons, surtout si elles sont sucrées (attention aux canettes ouvertes !).
Eviter les mouvements brusques en cas d’approche d’un insecte, surtout à proximité d’un nid, car un insecte se sentant menacé émet des substances volatiles qui attirent ses congénères.

Vêtements de travail et équipements de protection individuelle

  • Privilégier le choix de vêtements couvrants, y compris la tête (couvre-chef), fermés à l’encolure comme aux poignets, et de texture résistant à la pénétration du dard. 
  • Éviter les vêtements de couleur vive ou noire au profit de couleurs telles que le brun, le vert et le blanc, attirant moins les insectes. 
  • Port de gants.
  • Pour les équipes spécialement affectées à l’enlèvement ou à la destruction des nids et des essaims, il existe des équipements spéciaux de protection (couvre-face). 

Trousse de secours

On ajoutera au contenu de base de la trousse de secours :

  • une crème calmante
  • une couverture de survie
  • une antiseptique en conditionnement unidose.

La désensibilisation

Seuls les patients présentant des réactions systémiques (urticaire, malaise, choc) après piqûre de guêpe ou d’abeille et chez qui des tests cutanés et sanguins (anticorps IgE spécifiques du venin, tryptases) sont positifs, relèvent d’une désensibilisation à faire en milieu hospitalier par un médecin spécialiste. 

Une mise au point doit être conseillée aux sujets qui :

  • ont développé une réaction importante (> 10mm de diamètre) 
  • ont constaté une augmentation des réactions lors de piqûres successives 
  • ont développé une réaction dépassant un membre et/ou une réaction anaphylactique 
  • ont été piqués par plusieurs insectes simultanément (essaim).

Ces sujets doivent être considérés à risque, non parce qu’ils manifestent plus souvent des allergies aux piqûres d’hyménoptères mais parce que les réactions sont plus intenses.  

Conduite à tenir en cas de piqûre 

En cas de piqûre(s) en petit nombre, avec réaction locale faible ou modérée  :

  • Enlever le dard s’il est présent en évitant de toucher à lapoche à venin et désinfecter le ou les points de piqûre qui sont à considérer comme de petites plaies, afin de prévenir une surinfection.
  • Appliquer des compresses d’eau glacée puis une crème calmante. 

En cas de piqûres en grand nombre et d’allergie importante :

  • un médecin ou les services de secours (112) doivent être appelés car la situation nécessite alors un traitement spécifique selon la gravité de la réaction
  • la victime sera allongée et couverte, afin de prévenir l’état de choc. 

Pour les travailleurs allergiques, la détention d’une seringue d’adrénaline prête à l’emploi peut être envisagée mais uniquement sur base d’une prescription par le médecin traitant.
En effet, l’administration de ce traitement d’urgence n’est pas dénuée de risques car contre-indiquée dans certaines maladies.

Écrit par Dr Jean-Louis Giot
 
Publié dans Actuascan, mai 2018, n°5.