27 septembre 2018

Publié dans Service

Le monoxyde de carbone (CO) est un gaz incolore, insipide et inodore. Il n'est pas irritant, de sorte qu’on peut inhaler sans s’en apercevoir des quantités nocives et même mortelles. Il diffère du dioxyde de carbone ou du gaz carbonique (CO2) en ce qu'il contient un atome d'oxygène en moins.
 

Comment le CO se forme-t-il ? Où le trouve-t-on ?

Le CO se produit par la combustion incomplète d'une matière contenant du carbone (C). Et ce contrairement au CO2, qui se produit à la suite d'une combustion complète. La quantité de CO dans l'air ambiant sera presque toujours inférieure à la quantité de CO2, ce qui est moins dangereux.

 

On trouve du CO dans tous les endroits où l'on brûle du carbone :

  • gaz d'échappement de voitures, de camions, de chariots élévateurs à fourche, etc.
  • installations de chauffage au gaz ou au mazout, avec propagation possible dans l’espace intérieur (flamme « nue »)
  • toutes sortes de machines qui fonctionnent avec du carburant contenant du carbone
  • hauts fourneaux, incinération de déchets
  • métallurgie, soudure
  • fumée de cigarettes

La quantité de CO dans l'atmosphère est exprimée en ppm (parts par million). Le tableau ci-dessous montre quelques valeurs en fonction de l'air ambiant.

EnvironnementQuantité de CO (ppm)
Air marin frais0.05-0.5
Living ou bureau suffisamment aéré5-10
Circulation normale5-10
Embouteillage50-100

Danger immédiat pour la vie ou la santé = 1200 ppm


Pourquoi le CO est-il nocif ?

Une quantité déterminée de ce CO présent dans l'atmosphère sera inhalée. Le CO se fixe sur l'hémoglobine, qui est la substance qui permet aux globules rouges de transporter de l'oxygène dans notre corps. Il en résulte de la carboxyhémoglobine (CO-Hgb) et le sang transporte alors moins d'oxygène vers les différentes parties du corps.


Quels sont les effets nocifs sur la santé suite à une exposition au CO ?

Les dommages augmentent en fonction du temps d’exposition et du taux de concentration de CO. En cas de très forte exposition, les effets sont très clairs : vertiges, maux de tête, faiblesse généralisée, vomissements, évanouissement, coma, voire même décès. De très hautes valeurs sont rares dans l'environnement de travail. La question demeure de savoir à quels dommages s'attendre en cas d'exposition à la valeur limite belge durant 8 heures. Des études scientifiques démontrent que la capacité d'effort et de concentration peut être amoindrie et qu’un bébé peut avoir un poids plus léger à la naissance. Le CO peut aussi provoquer des attaques chez les personnes cardiaques. En outre, il faut tenir compte de la consommation de tabac : les fumeurs présentent une teneur en CO dans le sang bien supérieure et sont en principe encore plus fragiles.


Que doit faire l'employeur ?

Depuis le 13 octobre 2018, la législation sur les agents chimiques (Code du bien-être au travail, Livre VI, titre 1er) fixe la valeur limite du CO à 20 ppm. Auparavant, cette valeur était de 25 ppm. Cela signifie que, indépendamment de la pression atmosphérique et de la température, la concentration moyenne de CO sur le lieu de travail, pondérée sur 8 heures, ne peut excéder 20 ppm. Cette législation contraint toutefois l'employeur à toujours réduire au maximum l'exposition, même si les valeurs de CO sont inférieures à la valeur limite.
La législation impose à l'employeur d'effectuer une analyse de risque en collaboration avec le médecin du travail, après quoi plusieurs mesures de prévention sont élaborées.
L'employeur prendra les mesures préventives suivantes :

  1. limiter au strict minimum le nombre de travailleurs exposés;
  2. réduire au maximum la durée et l'intensité de l'exposition; la valeur limite ne peut être en aucun cas dépassée;
  3. mettre en place des procédures de travail adéquates et prendre des mesures techniques pour éviter ou limiter les émanations de CO, par exemple en remplaçant les chariots élévateurs au diesel par des chariots élévateurs électriques;
  4. entretenir régulièrement les machines;
  5. ventilation suffisante;
  6. aspiration des gaz
  7. si l'exposition reste trop élevée en dépit des mesures prises précédemment : prévoir des masques respiratoires munis de filtres à CO spéciaux;
  8. l'employeur doit effectuer régulièrement des mesures de CO et doit toujours en effectuer en cas de modification des conditions (de production) ; en cas de dépassement de la valeur limite, l'employeur doit prendre immédiatement des mesures;
  9. mesures en cas d'accidents, d'incidents et de situation d'urgence : systèmes d'avertissement, protection respiratoire, information des travailleurs en cas d'urgence, …

Une deuxième disposition relative au CO figure dans l'arrêté royal sur la protection de la maternité (Code du bien-être au travail, livre X, titre 5). Le CO est repris dans la liste non-exhaustive (annexe I) des agents, procédés et conditions de travail pour lesquels l'employeur doit effectuer une analyse de risque en collaboration avec le médecin du travail. Cette analyse de risque et les mesures à prendre doivent faire l'objet d'un document écrit et être proposées au Comité de Prévention et de Protection au Travail ou, à défaut, à la délégation syndicale. Cela signifie concrètement que la femme enceinte peut être transférée dans une autre fonction où la présence de CO est moins forte. Lorsque cela est impossible, la femme enceinte peut être écartée du travail. Généralement, plusieurs autres facteurs nocifs présents sur le lieu de travail (manutention de charges, chaleur excessive à proximité de hauts fourneaux, autres substances chimiques nocives, …)  justifieront également le transfert de la femme enceinte dans une autre fonction ou son écartement du travail

Mathieu VERSEE,
Conseiller scientifique spmt arista

Publié dans Actuascan, septembre 2018, n°9.