03 mai 2017

Publié dans Publication

L'été approche ! Anticipons les problèmes liés à la gestion des fortes chaleurs en entreprise. Consultez nos conseils de prévention et de gestion de ces périodes de fortes chaleurs.


Jour d’été, vague de chaleur et canicule : définitions

Le terme « canicule » provient du latin « canicula » diminutif de « canis » (chien), désignant également Sirius, étoile principale de la constellation du Grand Chien. Entre le 22 juillet et le 23 août, Sirius se lève et se couche en même temps que le soleil, laissant penser aux anciens qu'il y avait un lien entre l'apparition de cette étoile et les grandes chaleurs. Cette étoile fut donc associée à ces périodes chaudes, d'où le mot « canicule ».

Il n’existe pas de définition universelle pour une canicule. La caractérisation thermique d’une canicule est subjective et dépend des populations et donc du lieu où elle se produit. La notion de canicule sera ainsi différente en Afrique ou en Scandinavie et se basera sur des températures et des durées différentes.

En Belgique, une journée d’été est définie comme une journée durant laquelle la température a dépassé 25°C. Une vague de chaleur correspond à une période d’au moins cinq jours consécutifs au cours de laquelle la température est supérieure à 25°C, dont au moins trois jours avec 30°C ou plus (station météorologique de référence : Uccle). Une journée de canicule quant à elle, correspond à une journée au cours de laquelle la température a dépassé 30°C. Ces définitions sont à considérer dans le cadre de la climatologie traditionnelle. Elles ne prennent en considération que les températures maximales atteintes pendant un nombre déterminé de journées.

En 2003, l’Europe a été frappée par une période caniculaire d’une ampleur exceptionnelle. Cet épisode fut caractérisé par une forte augmentation de la morbidité et de la mortalité, plus particulièrement marquée chez les groupes identifiés comme « à risque ». Il est alors apparu que des températures diurnes élevées associées à un faible rafraîchissement nocturne pendant plusieurs jours (1 à 3) pouvaient avoir une réelle influence sur la santé de la population, en particulier des personnes âgées. En Belgique, l’Institut Royal de Météorologie (I.R.M.) émet un avertissement « forte chaleur » lorsqu'une période de chaleur intense  est prévue tant de jour que de nuit pour une durée minimale de 1 à 3 jours. L’IRM utilise un code couleurs (vert – jaune – orange et rouge) pour avertir la population des risques de vague de chaleur.  Cette classification se base sur trois tranches de températures minima et maxima : 16-28°C, 18-30°C et 20-32°C. Par exemple, une alerte rouge interviendra après trois journées complètes dans la tranche 20-32°C. Ces avertissements pour chaleur extrême pendant un ou plusieurs jours ne pourront être diffusés par l’IRM qu’entre le 15 mai et le 15 septembre. Ces informations qui sont actualisées deux fois par jour, établissent un pronostic pour les cinq journées à venir et sont disponibles pour dix zones géographiques du pays (la Côte, Bruxelles, Hainaut, Flandre Orientale, Liège, etc.). L’ensemble de ces informations sont disponibles sur le site Internet de l’IRM : http://www.meteo.be/meteo/view/fr/1401103Avertissement+vague+de+chaleur.html#ppt_1615499

Image n°1 : système de clasification de l’IRM dans le cadre des avertissements « forte chaleur »


Coup de chaleur et premiers secours

Bien que les symptômes puissent varier d’un individu à l’autre, les signes avant-coureurs d’un coup de chaleur pourront être les suivants : grande fatigue soudaine, crampes, nausées, étourdissement, vertige, hyperthermie, peau sèche et chaude, somnolence. Si un collègue de travail semble désorienté, confus ou même euphorique, qu’il est inexplicablement irritable ou qu’il éprouve des symptômes pseudo grippaux, il devra être mené dans un endroit frais et incité à consulter un médecin. Dans ce genre de situation, la température corporelle risque de dépasser 40°C. Il s’agit d’une urgence médicale.

Réflexes à adopter :

  • Alerter les secours ;
  • Amener la victime dans un endroit frais et bien aéré ;
  • Déshabiller la victime ou desserrer ses vêtements ;
  • Rafraichir la victime avec de l’eau pour faire baisser sa température corporelle, l’arroser ou lui appliquer sur la plus grande surface corporelle (incluant la tête et la nuque), des serviettes mouillées (à renouveler régulièrement) ;
  • Si la victime est consciente, lui faire boire de l’eau fraiche par petites quantités ;
  • Si la victime est inconsciente, la mettre en position latérale de sécurité en attendant les secours après mise en route des premières mesures de secourisme.


Conseils de prévention en cas de fortes chaleurs

  • Boire au minimum l’équivalent d’un verre d’eau toutes les 15-20 minutes, même si l’on n’a pas soif (+/- 3 litres par jour) ;
  • Porter des vêtements légers qui permettent l’évaporation de la sueur (ex. : vêtements en coton), amples et de couleur claire si le travail est à l’extérieur ;
  • Se protéger la tête du soleil ;
  • Adapter son rythme de travail selon la tolérance à la chaleur et organiser le travail de façon à réduire la cadence (travailler plus vite pour finir plus tôt peut être dangereux !), assurer une rotation des tâches avec des postes moins exposés ;
  • Dans la mesure du possible, réduire ou différer les efforts physiques intenses et reporter les tâches ardues aux heures les plus fraiches de la journée ;
  • Alléger la charge de travail par des cycles courts travail/repos (ex. : toutes les heures) ;
  • Réclamer et utiliser systématiquement les aides mécaniques à la manutention (diable, chariots, appareils de levage, etc.) ;
  • Eliminer toute source additionnelle de chaleur (éteindre le matériel électrique non utilisé)
  • Utiliser un ventilateur (seulement si la température de l’air ne dépasse pas 32°C) ;
  • Eviter toute consommation de boissons alcoolisées ;
  • Faire des repas légers et fractionnés ;
  • Redoubler de prudence si on a des antécédents médicaux et si l’on prend des médicaments (diurétiques, sédatifs, tranquillisants, etc.) ;
  • Cesser immédiatement toute activité dès que les symptômes de malaise se font sentir et prévenir les collègues, l’encadrement,…ne pas hésiter à consulter un médecin ;
  • Eviter le travail isolé, ce qui permet une surveillance mutuelle des travailleurs (détection des symptômes du coup de chaleur).


Que dit la législation relative aux ambiances thermiques sur les lieux de  travail ?

L’arrêté royal du 4 juin 2012 (M.B. 21.6.2012) est la législation de référence en matière d’ambiances thermiques sur les lieux de travail. L’article 3 stipule que l’employeur réalise une analyse des risques des ambiances thermiques sur les lieux de travail, que celles-ci soient d’origine technologique ou climatique. Cette analyse des risques doit tenir compte des variations saisonnières, y compris donc, les vagues de chaleur. Sur base de cette analyse des risques, l’employeur détermine les mesures de prévention adéquates. Contrairement à la législation précédente se trouvant dans le R.G.P.T., la notion de confort thermique apparait avec la référence à la norme NBN EN ISO 7730 « Ergonomie des ambiances thermiques : détermination analytique et interprétation du confort thermique par le calcul des PMV et PPD et par des critères de confort thermique local ».

L’article 5 de l’arrêté royal fournit les valeurs d’action d’exposition. Il existe des valeurs légales différentes en fonction de la charge physique déployée dans la cadre de la réalisation de l’activité de travail. Cinq catégories existent (très léger/léger/moyen/lourd/très lourd).

Pour l’exposition au froid, la législation fournit des valeurs d’exposition en degrés Celsius. Cette section de la législation ne sera cependant pas développée dans cet article. Pour l’exposition au chaud, la législation détermine des valeurs exprimées sous la forme de l’indice W.B.G.T. (Wet Bulb Globe Temperature). Il s’agit de ne surtout pas confondre cet Indice avec la température de l’air.  Cet indice se calcule sur base d’une formule mettant en œuvre d’autres paramètres que les paramètres  climatiques primaires. Le W.B.G.T. est surtout utile dans le cadre de l’évaluation d’une exposition à la chaleur d’origine technologique (exemple : sidérurgie, verrerie, etc.) et pour une exposition quotidienne de 8 heures, avec une éventuelle alternance de présence au poste de travail et de temps de repos. Mesurer un indice W.B.G.T. dans une zone de bureaux, même en période de canicule, n’a ainsi aucun sens, n’apportera rien et le résultat se situera bien en deçà des valeurs légales. Il faut néanmoins envisager le fait qu’une période de canicule puisse accroître encore davantage la contrainte dans les situations de travail où l’exposition au chaud est un risque tout au long de l’année.

L’article 6 de la législation évoque le fait que lorsque les températures régnantes peuvent transgresser, pour des raisons technologiques ou climatiques, les valeurs d’action, l’employeur sur base de l’analyse des risques, procède à l’établissement d’un programme de mesures techniques et organisationnelles afin de prévenir ou de limiter au minimum l’exposition et les risques qui en découlent.


Vague de chaleur : procéder à des mesurages est-il utile ?

Dans des zones où l’ambiance thermique est modérée tout au long de l’année (exemple : zone de bureaux) et si vous procédez ou faites procéder à des mesurages en période caniculaire, votre unique constat sera le suivant : il fait chaud !

  • Avez-vous besoin de mesurages par des spécialistes et du matériel professionnel pour le constater ? Non !
  • Allez-vous dépasser les valeurs légales faisant référence à des métiers types sidérurgie ? Non !
  • Le travail doit-il s’arrêter ? Non !
  • Les mesurages doivent-ils s’effectuer à 8h du matin, à midi ou à 16h ? Dans le bureau le plus chaud ou celui qui est le moins exposé au soleil ?
  • Le résultat du mesurage aboutit à une température de 31°C. Quelle différence cela aurait-il donné si le résultat était de 33°C ? Aucune

Sans oublier qu’en Belgique, les vagues de chaleur ont des durées relativement courtes (2015 : 6 jours, 2016 : 5 jours. Source : IRM).

  • Cela signifie-t-il qu’il n’y a rien à faire pour les travailleurs pendant une vague de chaleur ? FAUX !!! Toute une série de mesures peuvent et doivent être mises en place en vue d’une gestion optimale de ces périodes estivales.


Comment gérer au mieux les périodes de fortes chaleurs en entreprise ?

Une seule réponse : la gestion par l’anticipation.

Prévoir et organiser ces quelques journées annuelles est certainement la meilleure des solutions. Il est essentiel pour les travailleurs que leur bien-être soit assuré. Pour les entreprises, il est nécessaire qu’elles puissent continuer à fonctionner au mieux pendant ces périodes de fortes chaleurs. Si cela est pensé et négocié au préalable, avant que le phénomène météorologique ne se produise, alors l’ensemble des composantes d’une entreprise peuvent être gagnants.

Il est conseillé aux entreprises de prévoir à l’avance la manière dont elles vont gérer les périodes de forte chaleur tant au niveau du type de mesures de prévention mises en place que des conditions de déclenchement de leur plan canicule. Idéalement ce plan canicule devrait être élaboré et négocié en concertation avec la ligne hiérarchique et les travailleurs ou leurs représentants. L’avis du Conseiller en Prévention Médecin du Travail peut être requis et le plan canicule peut également être présenté en réunion de C.P.P.T..

Le déclenchement du plan : afin d’objectiver le phénomène de vague de chaleur, nous conseillons de se référer aux informations fournies par l’I.R.M. en temps réel mais aussi sur les 5 journées à venir. Selon les négociations, il peut être décidé de déclencher le plan canicule lorsque l’IRM annonce des journées « jaunes », « oranges » ou « rouges ». La mise en place des mesures de prévention peut également être progressive en fonction des  niveaux annoncés par l’IRM.

Les mesures de prévention peuvent être de différents types :

  • Mesures organisationnelles (ex. : horaire d’été, rotation des tâches, évitement du travail isolé, etc.) ;
  • Mesures techniques (mise à disposition de ventilateurs, adaptation des vêtements de travail, etc.) ;
  • Mesures relatives aux premiers secours (ex. : établir une procédure de raccompagnement au domicile d’un travailleur souffrant d’un coup de chaleur, mise en place des premiers soins, etc.).

Les mesures de prévention adoptées par l’entreprise peuvent être variables en fonction des différents métiers et de leurs contraintes ou également en fonction des bâtiments.

Un exemple de plan de gestion des périodes de fortes chaleurs est présenté ci-dessous. Celui-ci n’est pas exhaustif, certaines mesures peuvent y être ajoutées. Toutes les mesures proposées ne sont pas applicables à toutes les entreprises. Il s’agit de mener une réflexion afin d’adapter au mieux ce plan canicule en fonction des contraintes de chacune des entreprises.

Emmanuel Fabiocchi
Conseiller en Prévention Ergonome

Publié dans Actuascan, avril 2017, n°4.