25 avril 2019

Publié dans Publication

« Nous ne nous sentons pas reconnus » : tel est le ressenti qui revient de plus en plus de la part des travailleurs, quelle que soit leur fonction, quel que soit le secteur, quelle que soit leur position au niveau hiérarchique. Mais qu’entend-t-on par « reconnaissance » ? Pourquoi cela prend-t-il de plus en plus d’ampleur ? Pourquoi est-ce si important ? Comment y répondre ? Il est essentiel de mieux comprendre pour mieux agir.


Qu’est-ce que la reconnaissance ?

La reconnaissance est un besoin fondamental, existentiel même. Il ne s’agit pas seulement d’un synonyme du «besoin d’estime » décrit par Abraham Maslow. C’est bien plus complexe. Chaque être humain a besoin d’être reconnu à sa juste valeur.

Nous pouvons différencier 4 types de reconnaissance1.

 

La reconnaissance de la personne

Il s’agit de considérer la personne à part entière, et pas uniquement en tant que travailleur. Pour qu’un employé ait l’impression d’exister aux yeux des autres et se sente respecté, il est important de l’informer, de lui donner le droit de s’exprimer et de prendre en considération son opinion.

Concrètement, voici quelques manières de l’exprimer, que ce soit au niveau individuel ou collectif: saluer le matin (ce qui suppose déjà le reconnaître visuellement), prendre en compte la situation personnelle et familiale des travailleurs (proposer des aménagements particuliers des horaires de travail,…), informer le personnel par rapport aux décisions prises ou par rapport à l’évolution de l’entreprise, demander l’avis des salariés avant des décisions qui les concernent de près, donner la possibilité d’un programme de formation personnalisé,…

La reconnaissance des résultats

C’est la plus logique, et cela équivaut à récompenser un employé ou une équipe quand un objectif est atteint. Mais cela suppose que l’objectif était clairement défini au départ et que les résultats soient observables, mesurables, contrôlables.  La récompense peut se traduire par une prime, une augmentation de salaire ou une promotion, mais également via un drink à la fin d’un projet, un courrier personnalisé, …

La reconnaissance de l’effort

Tout le monde ne peut pas mettre en avant des résultats exceptionnels ou tout simplement visibles. Il s’agit de montrer de la gratitude , de remercier le travailleur, pour ses efforts, son engagement, dans des conditions de travail parfois difficiles, ou dans le cadre d’une fonction peu mise en avant, bien qu’indispensable. Ces remerciements peuvent s’exprimer de manière verbale ou écrite, dans un article du journal interne de l’entreprise ou via des applaudissements en équipe par exemple. L’octroi de jours de congé supplémentaires en lien avec les années d’ancienneté participe à ce type de reconnaissance. Le discours du départ à la pension est à cet égard un bel exemple.

La reconnaissance de la compétence

Souligner la qualité d’un travail bien fait, valoriser la créativité, l’innovation, l’autonomie constituent le dernier axe de la reconnaissance. Il s’agit ici de prendre en compte le travail de la personne plutôt que la personne elle-même, valoriser son comportement, ses qualités professionnelles, sa relation avec les clients, le travail d’équipe,…

Le manager s’attachera à reconnaître l’utilité (sociale, économique, et technique) du travail via des commentaires ou des cérémonies, tandis que les collègues (mieux placés que les autres pour vraiment apprécier la qualité du travail effectué) émettront un jugement de « beauté » du travail bien fait, selon les règles de l’art.

Il est important d’exercer tous les types de reconnaissance pour combler les besoins des travailleurs. En privilégier un seul serait une erreur. Et nous allons voir que la bonne volonté ne suffit pas. La façon dont on exprime cette reconnaissance peut même dans certains cas générer des effets dévastateurs si on ne respecte pas certains critères.

Le prochain numéro d'Actuascan développera la complexité et les bénéfices de la reconnaissance tout en illustrant avec quelques conseils.

Catherine JADOUL,
Psychologue
Manager du département psychosocial de spmt arista


[1] La reconnaissance au travail : une pratique riche de sens, Jean-Pierre Brun et Ninon Dugas, centre d’expertise en gestion des ressources humaines du secrétariat du Trésor, Québec, 2002

Publié dans Actuascan, avril 2019, n°4.