29 mars 2018

Publié dans Publication

C’est certain : l’activité physique régulière est reconnue comme étant très utile pour réduire les effets néfastes de la sédentarité pour la santé. La marche rapide ou la course font partie de ces bonnes pratiques. Mais quel est l’impact de la course à pied pour les personnes souffrant de maux de dos ? Faut-il la recommander ou l’éviter ?
 

Beaucoup de textes scientifiques et de discussions ont abordé cette problématique de la pratique de la course à pied pour les personnes lombalgiques. Et les résultats divergent quelque peu. Si dans l’étude de White et Malone de 1990, on peut lire qu’il est préférable d’éviter la course à pied pour les personnes souffrant de maux de dos, une étude plus récente (2017) conclut que la course à pied régulière renforce les disques intervertébraux, les petits coussinets amortisseurs placés entre chaque vertèbre.

Courir ou ne pas courir ?  Telle est la question …

Revenons sur ces recherches et analysons de plus près leurs résultats :

  • White et Malone ont montré qu’après une séance d’une heure de course à pied à allure modérée, les disques intervertébraux des coureurs diminuent d’épaisseur, réduisant temporairement la taille des individus de 8 millimètres. Dans la mesure où ces disques intervertébraux jouent un rôle d’amortisseur, le fait qu’ils perdent de l’épaisseur signifierait qu’ils perdent temporairement cette capacité amortissante. Voilà pourquoi il n’en fallait pas plus pour que les recommandations plaident pour un évitement de la course à pied chez les personnes souffrant de mal de dos.
     
  • Dans l’étude de 2017, menée par des chercheurs australiens, les auteurs ont comparé, parmi une population d’hommes et de femmes trentenaires, un groupe de personnes sans activité physique avec un groupe de coureurs modérés (20 à 40km par semaine) et un groupe de coureurs intensifs (plus de 50km par semaine) ayant chacun 5 années de pratique sportive.

Ils ont observé les faits suivants sur base de techniques assez performantes (imagerie par résonance magnétique, accéléromètre,…) :

  • Les disques intervertébraux des sujets pratiquant la course à pied sont plus épais et plus hydratés que parmi les non actifs ;
  • Plus le kilométrage parcouru augmente, plus l’épaisseur du disque est élevée ;
  • Les molécules qui permettent de maintenir le disque en bon état d’amortissement sont présentes en plus grande quantité au sein de la population de coureurs ;
  • La stimulation de la qualité des disques est essentiellement active lors des phases de marche rapide ou de course modérée et s’estompe avec des vitesses de course élevée.

Il apparait donc que la succession de compression des disques liée à la course renforce et améliore la dimension et la composition de leur structure.

Repos complet ou activité physique ? Encore une question …

Le disque intervertébral est souvent comparé à une éponge. Celle-ci se vide de son contenu en eau lorsqu’ on la comprime et au contraire réabsorbe l’eau dès qu’on supprime la pression. Le disque contient des molécules hydrophiles qui attirent l’eau et lui confèrent cette capacité d’amortissement. Il semblait logique de conseiller le repos au lit comme traitement réparateur des disques abîmés. Ces conseils étaient confortés par une étude montrant que le disque augmentait son épaisseur et la maintenait plusieurs mois après trois semaines d’alitement (2). C’est le même phénomène qui survient chez les spationautes.

Malheureusement, dans ces deux cas, le manque d’exercice physique qui y est associé atrophie les muscles et notamment ceux attachés à la colonne vertébrale qui assurent son maintien et la précision de ses mouvements.

Et les réponses alors … ?

La tendance actuelle de gestion des douleurs vertébrales prône plutôt la réalisation d’exercices physiques légers dans un premier temps puis planifiés de façon plus intense lorsque les douleurs se sont estompées. Il s’agit de tonifier les muscles et les rendre efficaces dans la gestion des différentes postures supportées dans la vie courante et professionnelle.

Dans le cas de personnes souffrant de douleurs au dos et soucieuses de reprendre ou débuter la course à pied ou la marche rapide, il convient de pratiquer ces activités de façon très progressive et dans des conditions favorables (sol tendre, chaussures adaptées, …).

Et pour les sceptiques désireux malgré tout de protéger leur dos, il reste de nombreuses autres activités physiques sportives (gymnastique douce, danse, natation,…) ou de loisirs (bricolage, jardinage,…) effectués en respectant les principes de protection du dos présentés dans les numéros précédents d’Actuascan.

Un seul maître-mot : bouger !

Jean-Philippe Demaret
Conseiller en prévention ergonome
Licencié en kinésithérapie et en éducation physique


Bibliographie

(1) White T., Malone T. - Effects of running on intervertebral disc height – Journal of orthopaedic and sports physical therapy, october 1990
(2) Belavy D., Bansmann P., Böhme G., Frings-Meuthen P., Heer M., Rittweger J., Zange J., Felsenberg D. - Changes in intervertebral disc morphology persist five months after twenty-one day bed rest – Journal of applied physiology, 111 : 1304-1314, 2011
(3) Belavy D., Quittner M., Ridgers N., Ling Y, Connel D., Rantalainen T. - Running exercise strengthens the intervertebral disc. Scientific Reports 7, 45975; doi: 10.1038/srep45975 (2017)
Complément de lecture : l’article « Lombalgie, on avait tout faux » de Pierre Ficher paru dans le magazine Zatopek n° 45 (février, mars, avril 2018)

 

Publié dans Actuascan, Mars 2018, n°3.