La pertinence de l’achat d’un ou plusieurs défibrillateurs externes automatiques (DEA) est évaluée à l’aide d’une analyse des risques. Pour ce faire, nous procédons à une évaluation du risque potentiel d’arrêt cardiaque sur le lieu de travail ou dans le lieu public, et à une évaluation de la plus-value potentielle que représente la présence d’un tel appareil.


Quelques chiffres

Prenons l’exemple d’une entreprise fictive occupant 100 travailleurs à temps plein, dans un seul bâtiment, et ne possédant pas d’espace public. Dans les pays de l’Europe de l’ouest, comme la Belgique et les Pays-Bas,le nombre de personnes victimes d’un arrêt cardiaque au travail est de 1 sur 10000 travailleurs par an. En moyenne, cette entreprise connaîtra donc un arrêt cardiaque tous les 100 ans. Si l’on se base sur ces chiffres, la mise à disposition d’un appareil DEA n’apportera statistiquement qu’une maigre plus-value.

Prenons maintenant l’exemple d’une autre entreprise fictive : une institution publique accueillant 1000 visiteurs par jour. Par facilité, nous considérons que ces visiteurs passent chacun en moyenne 2,4 heures (10% dela journée) sur le site. Un habitant sur mille est victime d’un arrêt cardiaque chaque année. En moyenne, un visiteur aura un arrêt cardiaque sur le site de cette institution publique fictive tous les 10 ans.

Il ressort de recherches (inter)nationales que 5 à 10% des victimes survivent à un arrêt cardiaque soudain survenant en dehors de l’hôpital. Une étude récente, menée en Hollande-Septentrionale, a mis en évidence un taux de survie de 16,6%. En cas d’utilisation d’un DEA, ce taux de survie s’élève à 25%. L’appareil DEA offre donc dans ce cas-ci un taux de survie supplémentaire de 8,4%.

L’achat d’un appareil DEA sauvera en moyenne une vie en plus tous les 120 ans. Dans cette situation hypothétique, l’analyse de risques se révèle également assez défavorable.


Facteurs supplémentaires

L’achat d’un appareil DEA n’est-il donc presque jamais pertinent ? Si, bien entendu.

Par exemple, l’âge moyen d’une victime d’arrêt cardiaque est de 66 ans. Le risque augmente avec l’âge. Une institution dont les visiteurs ont un profil plus âgé tirera dès lors un avantage bien plus important de l’achat d’un DEA. La directive en la matière est d’avoir un minimum de 250 personnes de plus de 50 ans, présentes pendant plus de 16 heures par jour sur les lieux.

Les risques spécifiques liés au travail comme l’effort physique important ou le risque d’électrocution peuvent également jouer un rôle.

En outre, en cas de réanimation et de défibrillation correctes effectuées dans les 6 premières minutes suivant l’arrêt cardiaque, la chance de survie atteint 50-70%. Les taux de survie moins élevés que l’on note dans la pratique sont attribuables à certains facteurs :

  • La probabilité de voir une personne s’effondrer dans un lieu public est de 75%
  • La probabilité qu’une personne présente commence directement la réanimation est de 50%
  • Les secouristes expérimentés ne maintiennent un massage cardiaque correct pas plus de 2 minutes en moyenne
  • 70% de toutes les compressions sont à peine efficaces, même si elles sont effectuées par des professionnels
  • 47% des Belges estiment qu’ils ne sont pas capables d’intervenir en cas d’arrêt cardiaque
  • 24% de la population se sentirait incertaine face à l’utilisation d’un DEA
  • Pour chaque minute passée sans défibrillation, la chance de survie diminue de quasi 10%. En cas de défibrillation pratiquée entre la 6e et la 10eminute, la chance de survie est de 36% et tombe à 22% si la défibrillation a lieu entre la 10e et la 14e minute.
  • L’achat et l’utilisation d’un DEA doit dès lors cadrer dans une politique coordonnée des premiers secours. Les formations dispensées au personnel et les consignes quant à la pratique de la réanimation et l’utilisation d’un DEA peuvent augmenter, de manière significative, les chances de survie d’un travailleur ou d’un visiteur victime d’un arrêt cardiaque.


Plus d’infos

Pour de plus amples informations concernant notre formation sur les défibrillateurs externes automatiques, vous pouvez contacter academy@spmt-arista.be.

Les directives ERC réanimation et DEA : http://resuscitation-guidelines.articleinmotion.com/resource-center , http://www.croix-rouge.be/index.cfm

Dr Edelhart Kempeneers,
Directeur médical Flandre et Bruxelles

Source : Actuascan, janvier 2014.